« Oyez ! Oyez ! Peuple du royaume d'Aden.
En tant que messager de notre roi Krysscut et, selon ses ordres, je viens à vous, gentes dames et messires, afin de vous rapporter les paroles de notre cher souverain.
Il m'envoie donc vous annoncer que le tournoi annuel des Olympiades débutera la semaine prochaine. Que ceux et celles qui ont déjà prouvé leur valeur en gagnant le titre de Noblesse et qui désirent participer à cette compétition, viennent à moi pour s'inscrire.
A noter que pour fêter ses cinquante ans, le roi va spécialement prendre part à ce rassemblement, en espérant livrer de beaux combats avec les plus grands guerriers et mages du royaume.
De ce fait, cette année, les festivités auront lieu tout spécialement au prestigieux Colisée d'Aden et, dans son élan de générosité le roi offre à chaque citoyen, femmes hommes et enfants, une place gratuite pour assister à ses éventuels exploits.
Qu'on se le dise ! » Le messager, son discours fini, descendit du piédestal prévu à cet effet, pour accueillir les quelques personnes qui s'étaient présentées à lui.
Pendant ce temps là, au château d'Aden, le roi s'entraînait au combat avec son maître d'arme tandis que son conseiller général tentait de le dissuader de participer aux Olympiades.
« Enfin Sire ! Vous n'y pensez pas sérieusement, tout de même ! Vous n'êtes plus en âge de mener des duels de ce genre !
-Il n'y a pas d'âge pour s'amuser mon cher Alta, répondit le roi, tout en parant un coup porté par l'épée de son adversaire.
-Pour s'amuser ?! Vous rendez vous compte de ce que vous dites, sire ? Vous pourriez vous blesser ou même mourir. Et quand bien même vous surviviez, si jamais vous perdiez, que pensera le peuple de son roi ? Ce n'est pas un jeu, sire !
-Bien ! Cela suffira pour aujourd'hui, seigneur Shin, dit le roi à l'égard de son maître d'arme. Ce dernier inclina alors la tête et quitta la salle d'entraînement.
-Alta, j'ai besoin de me distraire un peu, de sortir du quotidien monotone de ma vie de roi. Et de toute manière, je suis ton roi donc c'est moi qui décide.
-Evidemment, Sire. Cependant, j'espère que vous savez ce que vous faîtes.
-Alta, mon fidèle serviteur, je te remercie de la sollicitude que tu me portes et de la loyauté que tu m'as toujours voué mais je t'assure que tout ira bien. Ne t'inquiète pas à mon sujet. J'ai combattu des monstres, bien plus puissants que ces quelques guerriers, aussi valeureux soient-ils. »
Sur ces mots, le roi sortit à son tour de la salle d'entrainement laissant son conseiller seul.
«C'était il ya plus de vingt ans, Sire ... murmura t-il en fermant les yeux, c'était il y a plus de vingt ans...»
Le réveil fut difficile pour le roi quelques jours plus tard. Il était étendu sur son lit et le soleil brillait déjà d'un feu éclatant, illuminant la pièce entière. Réalisant qu'il ressentait des douleurs au niveau de sa hanche gauche, il se débarrassa du drap qui le couvrait et vit des bandages sur son corps. Que s'était-il passé ? Le souverain soupira en observant le plafond et tenta de se souvenir de ce qui avait bien pu le mettre dans cet état. Après quelques secondes de réflexion, il se rappela : les Olympiades, évidemment. Il avait perdu lors du troisième tour de la compétition. Une grimace vint marquer le visage barbu du roi blessé. Puis il se passa la main droite dans ses cheveux ébouriffés.
« Comment ai-je pu perdre ? se demanda t-il. Qui était ce Vicomte de Laumes ? »
Après s'être facilement débarrassé de ses deux premiers adversaires, le roi dut en effet affronter ce Vicomte de Laumes, un jeune noble, apparemment encore méconnu dans la cour royale.
Le roi se souvint alors de chaque seconde du combat livré, même du face à face électrique précédant le duel, au centre du Colisée, sous les acclamations du public. Le roi, lui, avait une armure argentée et un arc blanc tandis que son ennemi, était vêtu d'une armure métallique, ornée de motifs dorés. Son bouclier était assorti au reste et il tenait dans sa main droite une épée fine. Ils se saluèrent tout d'abord, selon les règles du tournoi, puis reculèrent d'une cinquantaine de pas chacun et attendirent le décompte de l'arbitre. De longues secondes s'écoulèrent pendant lesquelles les deux combattants s'observaient mutuellement. « Commencez ! » cria l'arbitre qui supervisait le combat.
Alors machinalement, le roi décocha une flèche, que son adversaire repoussa aisément avec son bouclier, tout en avançant vers lui. Le public fut émerveillé par cette parade du vicomte et un « Oh » général se fit entendre.
Le bouclier placé devant lui, le vicomte de Laumes avançait sans crainte : s'il restait sans cette position de défense, un archer ne représentait aucun danger pour lui. Le roi Krysscut le comprit très vite et se dépêcha alors de pivoter vers la droite pour tenter de trouver un angle de tir. Mais son adversaire, vigilant, s'y attendait et s'adaptait aux mouvements du roi : son bouclier était toujours dirigé vers sa cible et il continuait toujours à avancer, mais sans lancer d'attaque. Le roi, profitant de l'arène circulaire, ne cessait de tourner en décochant quelques flèches, mais sans succès. Le combat continua ainsi durant une quinzaine de minutes, jusqu'au moment où le roi arrêta de se déplacer et commença à tirer des flèches magiques à intervalles de temps réguliers. Le vicomte avança alors en ligne droite, levant son bouclier à un rythme imposé par le roi. Mais lorsque les deux combattants n'étaient plus séparés que par quelques mètres, on vit le roi reculer d'un pas puis lancer son attaque. Le vicomte leva alors son bouclier, para la flèche, puis le baissa. Mais ce qu'il ne vit pas, c'est que le roi avait en fait tiré deux flèches. La première s'était rajoutée à la vingtaine de flèches plantées sur le bouclier mais la seconde se dirigeait à toute vitesse sur lui. Le roi esquissa un sourire et baissa son arc, jugeant que le combat était terminé. Mais il se trompait. Le vicomte, par un exploit contre toute attente, réussit à esquiver la flèche en s'accroupissant, puis profita de cette position pour bondir et attaquer. Son épée prit alors une couleur rouge, ce qui montrait que son arme était enchantée. Le jeune noble n'hésita pas à porter un coup puissant au flan gauche du roi, qui essaya instinctivement mais vainement de bloquer l'attaque avec son arc. Une légère explosion se fit entendre alors que la foule retint son souffle. Le roi fut alors projeté à plusieurs mètres et son arc littéralement coupé en deux.
Le roi resta quelques heures au lit à réfléchir et à méditer sur l'humiliation qu'il avait subie. Désormais le peuple ne verrait plus en lui le héros qu'il avait jadis été. Alta avait raison : il était devenu trop vieux. Sa force et sa vivacité n'étaient plus celles d'antan car l'âge l'avait diminué physiquement sans qu'il s'en aperçoive.
La nuit tombée, il se leva et se tint à la fenêtre, fixant la lune avec émotion. Il décida alors de s'en aller à tout jamais, d'abandonner le trône, ainsi que sa tendre épouse et son peuple pour partir en quête de l'eau de jouvence, cette potion aux vertus de rajeunissement. Pour lui, le roi Krysscut n'existerait plus. C'en était fini de ce vieil homme fatigué et usé : il était déterminé à retrouver sa jeunesse et en même temps sa vigueur, tout en en profitant pour acquérir de nouvelles techniques de combats. Il chercha alors un parchemin de téléportation dans une de ses commodes, après avoir pris soin d'attacher une bourse pleine à sa ceinture, puis lança l'incantation. Quelques secondes plus tard, il disparut sans même jeter un dernier regard sur le domaine dont il eut la responsabilité.Désormais, on l'appellerait GrimJow...
By Toto